Marie a onze ans. C’est l’aînée de sa famille. De « ses » familles. Elle a un frère et une sœur d’un côté, deux frères de l’autre. L’un a six ans, le
dernier est né la même semaine que Barbalala.
Je la trouve chez moi en rentrant ce soir, discutant avec Mademoiselle M.
Elle dit qu’elle va revenir habiter dans notre immeuble, chez sa tante, qui habite sur mon palier, ou chez sa grand-mère, dans le bâtiment d’en face, elle ne
sait pas trop…
Famille recomposée, qu’il faut chaque jour dé-composer entre deux maisons, au total cinq enfants et autant d’adultes…
Je la garde à dîner, pour lui faire plaisir.
Elle dit que c’est difficile d’être l’aînée, de tout assumer, les bains et les repas des petits, les garder dans le square, aller faire les courses, sans
compter les chiens qu’il faut sortir…mais elle a l’habitude.
Des enfants plus tard ? Elle ne sait pas trop.
A demi-cachée derrière le tableau de Barbalala, elle dessine à la craie. Je ne vois que ses yeux. Elle dit comme ça que son père l’a laissée tomber, qu’il ne veut plus la voir depuis la naissance de la petite sœur, et qu’au bout du compte, sa mère lui a dit de l’oublier…
Il est 22 heures 30. Sa tante lui a dit « Rentre quand tu veux… », ses parents ne sont pas venus la chercher. Ses petits frères sont sans doute encore éveillés…
Marie s’est offert quatre longues heures de liberté…